6.6.06

"Colline de Sion" ou "Colline de l'Amour" 

Assiste-t-on à des préparatifs psychologiques et économiques à l’installation de juifs au Birobidjan ?

Le Birobidjan est cette région autonome pionnière de l’ex-empire soviétique créée sous Staline en 1934 pour faire concurrence au projet sioniste en Palestine et pour permettre aux Juifs de s’y exprimer en tant que nationalité.

- Le 18 mai 2006, des entrepreneurs suisses rendaient visite à des agences de voyage de Khabarovsk, et à de nombreuses firmes fournissant énergie thermique, électricité et pétrole à la région du Birobidjan. Le but serait d’y ranimer l’industrie. "(...) malgré la distance séparant la Suisse de Khabarovsk, les échanges commerciaux bilatéraux augmentent d'année en année."

http://fr.rian.ru/russia/20060518/48282142.html.

La ville de Khabarovsk est le lieu d’arrivée le plus proche du Birobidjan en avion. Le train vous y transporte en trois heures.

- Le 20 mai 2006, Le Monde 2, sous la plume de Marianne Paul-Boncour et Patrick de Sinety, publiait un récit de voyage sur ce qu’il qualifiait de "terre promise des juifs d’URSS" : "Birobidjan, le rêve oublié, A la découverte de la "terre promise" des Juifs d’URSS".

La région autonome y a son drapeau, son gouverneur, son blason, sa capitale, son centre culturel juif dispensant des cours d’hébreu, sa place Philharmonique, ses rues propres et parfumées de vodka kasher et de succulentes chachliks (des brochettes de viande et de légumes marinés). A Birobidjan, la "colline de l’Amour" (nom du cours d’eau de la région) offre une vue imprenable sur les montagnes de Chine. L’ambiance y est festive et des élégantes vous y donnent rendez-vous près des fontaines.

On y reprend, comme pour rassurer les islamophobes, les propos d’un candidat à l’élection présidentielle, Anatoly Alexandrovitch, s’emportant "contre le radicalisme islamiste, "les métèques de tout poil" qui pillent la Russie". Or il semble que les autres habitants du Birobidjan soient uniquement d’origine cosaque, ukrainienne, coréenne et chinoise… Plutôt rassurant…

On nous apprend que la vie culturelle yiddish y a connu un certain regain pendant la Perestroïka. Puis qu’en 1995, la capitale a connu une vague de départs vers Israël. Néanmoins, 2004 fut l’année d’ouverture de la synagogue et du centre culturel juif. Et l’on donne abondamment la parole à Dmitri, un sioniste déçu. On ne sait pourtant pas si son cas est représentatif ou isolé :

"J’étais persuadé de passer en Israël le reste de mes jours. J’étudiais l’hébreu et le commerce, en m’efforçant de me faire à un mode de vie radicalement nouveau. Au bout de trois mois, je suis rentré en Russie. Comment l’expliquer ? Israël m’a accueilli comme l’un de ses enfants. On m’a donné de l’argent pour me nourrir et me loger. On m’a offert l apossibilité d’étudier, de vivre confortablement. Mais je persistais à me sentir étranger sur une terre étrangère, un étranger nostalgique de sa terre natale, du pays le plus vaste et le plus puissant. Je n’ai pas eu la patience ou le courage d’apprendre l’hébreu, de madapter à la culture israélienne et à ses coutumes, ni de renoncer à boire de la vodka ou à manger du porc. La vie en Russie est tout à la fois bonne et redoutable. Elle memanquait. Je suis allé la retrouver".

Autrement, le projet sioniste y est évoqué en ces termes :

"En faisant le choix d’aller vivre en Israël [sa tante] trahissait le rêve paternel d’une société communiste où devaient fusionner les cultures et s’abolir les différences".

"Ce rêve juif au Sud de la Sibérie – qui prenait le contrepoint idéologique au projet sioniste – les pionniers arrivant des marches occidentales de l’URSS en étaient sincèrement imprégnés".

"La synagogue a été financée avec des fonds de la communauté juive de Russie", insiste Albina Sergeïeva, revendiquant une énergique indépendance à l’égard d’Israël".

Et l’article de conclure :

"Et Elena Vladimirovna de conclure : "On vit bien à Birobidjan. Revenez nous voir…""

En 1939, les Juifs constituaient 20% de la population birobidjannaise. Aujourd’hui, 4,2% (sur seulement 214 085 habitants).

Combien demain ? Que choisiront les ashkénazes et les sépharades ? "Colline de Sion" ou "Colline de l'Amour" ?


Comments:
***

Pendant ce temps, la Naqba, la catastrophe, continue en Palestine. Elle ne s'est pas arrêtée en 1948...

Extraits de http://quibla.net/histoire2006/histoire2006-8.htm:

" La guerre des six jours, pour les Palestiniens, a été une seconde Naqba (catastrophe), la première ayant eu lieu en 1948, lors de la proclamation de l'État sioniste. Elle a été vécue comme une humiliation tragique par les peuples arabes, qui ont alors commencé à se détourner du nationalisme arabe."(...)
" 39 ans plus tard, la Cisjordanie, Jérusalem-est et le Golan sont toujours occupés, la bande de Gaza "sous contrôle" et la résolution n°242 ddoptée par le Conseil de sécurité, le 22 novembre 1967, attend toujours son application.
Cette résolution « exige l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient », qui passe par « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés pendant le récent conflit » et le « respect et reconnaissance de la souveraineté de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque Etat de la région, et leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces et d'actes de force. » La version anglaise est plus ambigüe parlant de retrait « from territories » ce que certains ont pu traduire par « de territoires », formule plus vague que « des territoires ».(...)

Pour rester en France, voici ce que déclarait le général de Gaulle, président de la République française, lors de sa conférence de presse historique du 27 novembre 1967, où il utilisa la désormais fameuse expression de " peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur". À lire ces lignes 39 ans plus tard, on se prend à regretter l'absence du grand Charles das une France chiraquifiée, villepinisée, sarkozyfiée, ségolènisée, clearstreamée, kärcherisée, sionisée.

Charles de Gaulle, 27 novembre 1967

Question : La guerre a éclaté au Moyen-Orient, il y a six mois. Elle s'est aussitôt terminée comme on sait. Que pensez-vous de l'évolution de la situation dans ce secteur depuis le mois de juin dernier ?

Charles de Gaulle : L'établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l'établissement d'un foyer sioniste en Palestine et puis, après la deuxième guerre mondiale, l'établissement d'un Etat d'Israël, soulevaient à l'époque un certain nombre d'appréhensions. On pouvait se demander en effet, et on se demandait même chez beaucoup de juifs si l'implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n'allait pas entraîner d'incessants, d'interminables frictions et conflits. Certains même redoutaient que les juifs, jusqu'alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tout temps, c'est à dire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur, n'en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu'ils formaient depuis dix-neuf siècles.

(...)

Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956 ; à la faveur de l'expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet un Etat d'Israël guerrier et résolu à s'agrandir. Ensuite, l'action qu'il menait pour doubler sa population par l'immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu'il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu'il serait porté, pour l'agrandir, à utiliser toute occasion qui se présenterait. C'est pourquoi, d'ailleurs, la Vème république s'était dégagée vis-à-vis d'Israël des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noués avec cet Etat et s'était appliqué, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient.

(...)

Hélas ! le drame est venu. Il avait été préparé par une tension très grande et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d'une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l'affaire d'Akaba, fâcheusement créée par l'Egypte, allait offrir un prétexte à ceux qui rêvait d'en découdre.

Pour éviter les hostilités. la France avait. dés le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances d'interdire, conjointement avec elles, à chacune des deux parties d'entamer le combat.(...)

Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. (...)

On sait que la voix de la France n'a pas été entendue. Israël, ayant attaqué, s'est emparé, en six jours de combats, des objectifs qu'il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui ne peut aller sans oppression, répressions, expulsions et il s'y manifeste contre lui une résistance qu'à son tour il qualifie de terrorisme."


Source du discours : http://www.obsarm.org/dossiers/damo/palestine/de-gaulle.htm
# posted by Anonymous Julien : mercredi, 07 juin, 2006
 
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