28.3.06
Mystifications du système et des contre-sociétés pseudo-démocratiques
CPE : la jeunesse est-elle sacrifiée au bénéfice des vieilles générations derrière un vocabulaire orwellien prônant l’égalité des chances ?
Le Contrat Première Embauche, fait sans nul doute faussement miroiter un CDI durant une période trop longue. Il autorise le renvoi d’un salarié de moins de 26 ans sans la moindre justification, et ce sur une période d’essai de deux ans (dite aussi de "consolidation", par antiphrase, sans doute, pourquoi "sécurisation").
Mais ce n’est pas le seul acte de violence économique :
– L’économie française s’enrichit pleinement sur le dos de 800 000 stagiaires payés 300 euros par mois, soit en-dessous de ce qui permettrait à un esclave de vivre. Comparez avec le salaire d’une jeune fille au pair logée gratuitement : 320 euros pour cinq heures de boulot par jour six jours par semaine...
– Le gouvernement réhabilite le travail de nuit dès 15 ans, l’apprentissage complet dès 14 ans…
Pas étonnant que certains aient les boules et cassent tout !
Provocation et laisser-aller policiers :
Et l’on peut compter sur le pouvoir pour faire monter la température, relancer la "stratégie de la tension", comme l’a étonnamment rappelé François Hollande à Karl Zéro le 16 mars. Ce pouvoir semble souvent autoriser ou provoquer la casse jusqu’à certaines limites. Cela pourrait se faire avec l’aide de policiers supplétifs héritiers de la SAC ou du CDR, et ce afin de décrédibiliser tout mouvement de gauche spontané (comme en mai 68 ou en février 1970 à Nanterre, ou lors de l’enlèvement, soit par soit par la SAC soit par les clandestins du PCF du cadre dirigeant de Renault M. Nogrette) et afin de faire voter la majorité silencieuse, travailleuse et abrutie de stimulations consuméro-sexuelles, pour le "parti de la trouille". Les conseillers de Sarkozy et de Villepin doivent sans doute lire des bouquins comme "Les provocations policières" de Bernard Thomas (Fayard, 1972, avec des remerciements exprimés notamment envers Claude Angeli). Cette façon de procéder reprend de plus belle à lire quelques témoignages à vérifier sur http://rebellyon.info/article1838.html ou http://nantes.indymedia.org/article.php3?id_article=8050.
Pour ne pas se couper de la masse, les manifestants feraient bien de dénoncer les provocations et les laisser-aller, et de décentraliser leur mouvement le plus possible au plus près des gens, pour leur expliquer leurs griefs et les rassurrer.
La clique magouilleuse qui tolère les guerres nous manipule en effet par de fausses peurs :
– peur des hordes de voyous aimant à détruire des voitures. Un député comme Georges Frêche se demandait dès le 4 novembre si des incendies de "bagnoles" n’avaient pas été commis par "les flics" comme en mai 68. Cette insupportable liberté d’esprit lui vaut une mise en examen pour diffamation envers une administration publique (affaire instruite par Stéphane Tamalet suite à une plainte du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy).
– épouvante face à des volatiles malades du "SRAS" ou de la "grippe aviaire" plutôt que promis artificiellement à la mort pour toucher des réparations de l’Etat et faire du business sur des remèdes pour pigeons qui sont plus nocifs qu’autre chose (voir cette curieuse interview de Stefan Lanka à montrer à votre médecin : http://quibla.net/monde2006/h5n1.htm#1)
– croquemitaines de foire comme Ben Laden, Saddam Hussein, Milosevic (même le procureur a reconnu que Slobodan n’avait jamais exprimé verbalement le désir de recréer une "Grande Serbie"), et, tiens le revoilà, Pol Pot (voire les pubs sur France Info du 24 mars 2006 pour les bouquins de Meas Peach Metral publiés en janvier 2003 et en janvier 2006, préfacés par Mireille Michel Polacco et Mireille Lemaresquier, journaliste à France Info, il est vrai).
– angoisse face au racisme, mais un racisme dénoncé obsessionnellement et dans un sens quasiment unique. Qui dénonce les discriminations anti-jeunes dans le monde du travail, parmi les associations ayant pignon sur rue comme la LICRA, qui dit lutter contre le racisme, mais de manière très parcellaire ? Dans son numéro de mars 2006 de Droit de Vivre, p.10, la LICRA pose cette question à Julien Dray à propos de l’affaire Halimi. : "DDV : Comment expliquer que l'indignation n'est pas liée au fait que la vie d'un Juif vaut plus que celle de n'importe quel autre humain ?" - http://licra.org/ddv/2006_03_13_613.pdf. Après relecture, on parvient peut-être à comprendre que la LICRA veut clarifier les choses à ceux qui l’accuseraient du judéocentrisme. Il aurait été, en fait, plus clair d’employer le conditionnel "vaudrait". La LICRA est en tout cas particulièrement vigilante vis-à-vis de l’antisémitisme et du "fascislamisme". A la suite de Barbara Lefevre, elle va jusqu’à décèler une complaisance à son égard dans les manuels scolaires français où les attentats anti-américains en Irak seraient qualifés d’actes de résistance. Sous quelle influence se trouve donc la LICRA? Dans les années 60-70, peut-on lire à bonnes sources, ce magazine trouvait maintes excuses au régime d’apartheid d’Afrique du Sud, qu’il fallait aider. Mieux valait-il parler de retour des Noirs vers les terres promises qu’étaient les bantoustans… Question : des juifs sionistes avaient-ils un rôle dans l’exploitation de ces africains extracteurs de diamants, comme l’affirme l’humoriste engagé Dieudonné tant combattu par la LICRA qui persiste à lui prêter la formule que "les Juifs sont des négriers, etc.", formule qu’il aurait osé réitérer au tribunal (p.46), ce qui étonne beaucoup ?
A l’opposé de l’échiquier médiatique, on a affaire à des faux-nefs…
– Des socia-lols du type de Julie Coudry de la Confédération étudiante, une organisation d’abord favorable au CPE, contrairement à l’UNEF et à la CGT, cornaquée par DSK et la CFDT, et compromise par ses bêlements oui-ouistes en faveur du traité constitutionnel européen, (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_%C3%A9tudiante).
– Les communistes actuels n’ont désormais pour but que de donner du travail à tout le monde plutôt que de les aider à organiser un monde du travail enthousiaste et libre car dénué de hiérarchie. Dans quel but ? Celui de rendre les travailleurs obéissants au capitalisme d’Etat prévu comme l’ultime refuge à notre régime actuel d’exploitation aux mains d’une poignée d’actionnaires, régime qui risquerait un jour d’être fichu en l’air du fait de l’impudeur vertigineuse de ses parvenus et de l’hypocrisie verreuse de ses pavanantes élites.
Ces intellos à gages ne cherchent tout compte fait qu’à s’extraire de l’avilissant processus de production sur le dos des autres. Il faut faire marcher la main d’oeuvre productiviste au pas, tout à en la satisfaisant de quelques miettes participatives... Pour eux, peu importe le nombre de dépressions, de suicides, de harcèlement et de prostitution qui en découle…
Le patronat veut appauvrir chômeurs et travailleurs : à défaut de libérer le travail, rendons vivable le chômage durable, ce qui augmenterait les salaires.
On n’en connaît pas beaucoup qui prônent un revenu universel d’existence pour éviter à des personnes de se soumettre afin de survivre. Les socialistes en sont aux mesurettes de débat de prime–time avec l’EVA de Martine Aubry. Pourtant, l’allocation unvierselle existe en Alaska grâce aux bénéfices pétroliers (http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle). Et des idées sont à puiser auprès des distributistes catholiques, de quelques marxistes mobilisés contre l’esclavage salarié, de Pierre Carles et ses compagnons alertant contre le danger actuel du travail (http://www.homme-moderne.org/rienfoutre/volem/cyran.html), des libéraux à la Thomas Paine, de libéraux comme Philippe Manière (mais il veut faire dépendre un tel revenu de la bourse), des nationalistes comme Jean-Claude Martinez (son RMI planétaire serait apparemment payé en instaurant une TVA de l’espace).
Ces gens se rendent compte que la résolution de la précarité résorberait les dommages collatéraux d’une mondialisation qui ne peut ni supprimer le chômage ni empêcher les gens de voter avec leurs pieds.
Par ailleurs, il serait mis un frein au culte de la production et de la consommation qui dénote une mentalité de bodybuilder vorace shooté aux hormones et à la politique. Le message de nous élites, à la manière d'un Schwarzennegger, est de ne pas nous en faire, ni pour nous ni pour l’environnement. Avec ce genre de personnes, notre avenir est réglé : tous des débris et tous aux abris !
Alors, arrêtons de travailler, faisons un pas de côté et commençons à réfléchir. Grève générale du travail !
Lu sur un forum :
Salut *****,
J'évite les fins de manif à Nation depuis que ***** m'a expliqué les statégies policières sur site.
Vers 11heures du soir, gros bruits dans la rue d'Avron. J'ouvre la fenêtre comme la plupart du voisinage et que vois-je ? Une trentaine de mecs blancs sous l'ordre d'un chef en redingote noire donnant des ordres du bras et du sifflet. Et ça casse, ça casse les banques avec un souci particulier pour les DAB. Ya plein de banques maintenant dans la rue (???). Trente mètres derrier un cordon de CRS avançant tranquilement pour faire avancer le groupe vers Charonne.
Dans le dispositif exposé, la collusion était si limpide vue du premièr étage, on pouvait clairement voir les flics en civil infiltrés là-dedans s'en donnant à coeur joie.
Hier, dimanche, toujours de ma fenêtre, je vois une dame d'une soixantaine devant la BRED en face, contemplant les dégats avec une incrédulité lisible dans son corps, ses pieds, ses épaules.
Les manips sont toujours les mêmes car ça marche.
Bises révoltées.
*****
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2006-03-29 04:37:33 de sacha
http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=10
L’autre globalisation : le revenu d’existence inconditionnel, individuel et substantiel
par Yann Moulier Boutang
Mise en ligne avril 2002
Selon Yann Moulier Boutang il y a quatre solutions possibles à la crise vde l’Etat Providence Un crédit d’impôt ou une allocation universelle d’un bas niveau, accompagnées du démantèlement des systèmes de protection du travail salarié. À l’autre extrême le renforcement du système de protection du travail salarié : SMIC et droit du licenciement rendu plus contraignant, la logique de ces mesures s’inscrivant dans un retour au plein emploi, il est proposé aux précaires l’utopie du salariat universel. Une position intermédiaire autour du relèvement des minima sociaux. Et le revenu universel inconditionnel et d’un niveau suffisant, rendant le travail moins infernal en élargissant les espaces de liberté. La quatrième solution entre en résonance avec le basculement vers le capitalisme cognitif et permet de dépasser les limites d’une stratégie de résistance pure.
(...)
La gauche " travailliste " ou " salarialiste " reste fixée à l’idée que l’entreprise fordiste est le coeur de la valeur et que le salariat est son prophète. Le problème de ces vestales du socialisme, maintenant qu’a disparu le socialisme réel qui avait constitué une forme d’affaiblissement assez stable du salariat (mais de généralisation du travail matériel), est que le capitalisme ne fonctionne plus sur cette base, ni sur cette religion.
On pourrait dire, comme le fait P. Van Parijs, animateur du BIEN (Basic Income European Network) depuis plus de dix ans, que toutes ces mesures nous conduisent sur le chemin du bien, du souhaitable : de l’allocation universelle de Y. Bresson au Revenu Social Garanti d’A. Gorz, en passant par le revenu citoyen d’A. Caillé. Mais avec l’affaiblissement de la crédibilité des trois premières solutions, qui ont épuisé leur rôle progressiste, il devient urgent de clarifier les choses. Elles servent surtout aujourd’hui à repousser la perspective radicale du revenu inconditionnel garanti, à freiner une nouvelle donne radicale aussi bien dans les pays du centre que dans la périphérie [6].
Ce qu’est le revenu d’existence en définitive
L’axe de l’inconditionnalité ou de la déconnexion, ainsi que celui du niveau de richesse sociale auquel il donne accès, ne constituent pas les seuls caractéristiques de la quatrième solution. Les caractéristiques déterminantes du revenu d’existence ou revenu de citoyenneté sont en effet au nombre de neuf : 1) L’universalité sans plafond de ressources, mais imposable donc récupérée intégralement sur les revenus élevés. 2) Le caractère individuel, par opposition à une prestation familialisée, c’est-à-dire liée à la composition du ménage et instaurant des droits liés à ceux du conjoint ou parent. 3) L’inconditionnalité, c’est-à-dire le découplage de quelque forme de contrepartie que ce soit : travail salarié ou non, projet d’insertion formation, éducation. 4) Le caractère cumulable avec les revenus du travail, sans dégressivité autre que celle du système fiscal en vigueur. 5) Le caractère liquide de ce revenu, donc non affecté (comme les prestations en nature). 6) Le caractère insaisissable sur les comptes bancaires. 7) Un niveau élevé par rapport au niveau actuel des minima sociaux et de la rémunération du travail à temps partiel (soit de l’ordre de 5 500 F. en France, donc plus des 4/5 du SMIC. 8) Ce revenu d’existence ne doit se substituer qu’à certain nombre de prestations sociales, à la plupart des minima sociaux, aux allocations familiales, à l’allocation logement, au niveau minimum des retraites. Il doit faire aussi rapidement office de salaire minimum social et remplacer le salaire minimum actuel, qui a été complètement enfoncé depuis vingt ans par les divers dispositifs d’emploi jeunes, par les revenus de formation en stage. En revanche il ne peut se substituer aux prestations d’assurance maladie ou à des prestations compensant un handicap majeur. 9) Il doit être financé par des mécanismes clairement redistributifs et des prélèvements ayant une large assiette, donc différents de l’actuel impôt sur le revenu (par exemple une taxe faible sur les quantités d’informations acheminées ainsi que sur les communications téléphoniques).
Contrairement à ce qui a été dit, en particulier, par le Rapport Belorgey et par J.M. Harribey [7] il ne s’agit pas d’une mesure néo-libérale. Si les libéraux l’envisagent lucidement, c’est parce qu’ils entendent prévenir l’éclosion d’un mouvement de fond et de lutte parvenant à imposer un niveau élevé de "salaire social".
[6] Multitudes reviendra, dans un dossier consacré au Sud, sur le projet déposé par le sénateur Edouardo Suplicy d’un revenu de citoyenneté au Brésil. Voir son livre Renda de Cidadania, A saida e pela porta, Cortez Editora, février 2002, Sao Paulo.
[7] J.M. Harribey dans le dernier numéro d’Ecorev (références citées ici)
(...)
De même que la conquête de la liberté fut la condition de passage au deuxième capitalisme industriel, le revenu universel a toute chance de constituer le levier macro-économique décisif pour la possibilité même du passage à un régime de capitalisme cognitif. Le revenu universel ne libère pas du capitalisme, ni du salariat et du travail dépendant, pas plus que le salariat libre n’a libéré les Noirs, mais de même qu’il les a libéré du système des plantations et d’une domination insupportable, il rendra le travail moins infernal. Il ne s’agit pas là de " soulager " les pauvres, mais d’élargir les espaces de liberté dont ont besoin les multitudes de salariés, reconnus comme tels ou non, de producteurs d’intelligence et de savoir.
(...)
[6] Multitudes reviendra, dans un dossier consacré au Sud, sur le projet déposé par le sénateur Edouardo Suplicy d’un revenu de citoyenneté au Brésil. Voir son livre Renda de Cidadania, A saida e pela porta, Cortez Editora, février 2002, Sao Paulo.
[7] J.M. Harribey dans le dernier numéro d’Ecorev (références citées ici)
