1.12.05
Barrer la route à l’autisme colonial et meurtrier du plus fort.
Extrait d’un compte-rendu de La route du plus fort, roman d’amour dont l’action se situe au Cambodge durant la période de l’entre-deux-guerres. L’auteur, George Groslier, est connu par les khmérologues comme un fin ethnologue :
"(...) Que vient-elle chercher au Cambodge ? Comprendre ce qui motive si fortement l’engagement du Résident Ternier.
Celui-ci se présente comme le parfait administrateur, dont l’ambition est, étant le plus fort, d’apporter la sécurité, des infrastructures, l’hygiène et le progrès au plus faible. Le doute n’atteint pas le protecteur et le surveillant de la province de Sangkè, homme de certitudes et cartésien, qui a pris une femme indigène prénommée Vêtonea. Il est d'autant plus convaincu du bien-fondé de son action, qu'il est persuadé d'agir dans le respect des traditions de l’autre. Cet autre, il en manie la langue, le discipline et l’emploie dans son espoir dans son espoir de laisser une trace de son passage, même s’il sait qu’après lui viendront d’autres administrateurs.
Le rationalisme du résident en contraste avec l’esprit poète et philosophe du troisième personnage du roman, le Dr Maillard, qui voue une admiration pour la civilisation séculaire khmère. Fort d’un séjour de plusieurs années, c’est peut-être celui qui saisit le mieux les différences entre les deux cultures française et cambodgienne. Une phrase de lui résume sa perception des choses. "… vous constatez d’ici [le phnom [la colline]], ce qui vous a déjà tant frappée, cette harmonie de la vie humaine en intime liaison avec celle du sol et sans que la pensée, spéculant au nom du progrès, n’interpose ses appareils et sa volonté. Les reptiles laissent ainsi sur le sable des traces lustrées : or voilà tout ce que vous découvrez de la vie des hommes".
De fait, on retrouve tout au long de l’œuvre de George Groslier cette opposition entre la France cartésienne d’une part, soucieuse de donner un sens à l’histoire et à son action et angoissée par le temps ; et d’autre part, le Cambodge marqué par l’action de la nature sur les hommes et leur environnement, où la jungle mêle la vie et la mort, le jour et la nuit et où au fond, qui se soucie vraiment d’avoir une route ?
Mais le livre ne s’arrête pas à cette comparaison. Contrairement aux apparences, la société cambodgienne n’est pas insensible à la présence française, elle l’accepte à sa façon et l’entreprise française menée ne sera pas sans conséquences. Ecrit en 1926, il comporte une formule prémonitoire adressée au Résident, qui laisse à réfléchir sur la situation actuelle du Cambodge : "Et quelle que soit la douceur avec laquelle tu poses ta large main sur le monde et les certitudes salvatrices que tu y déverses – tu tues. Rien à faire, je te l’accorde, mais sache-le". Le sait-il aujourd’hui ?."
Il est à craindre qu’un roman actuel écrit par Seymour Hersh, Juan Cole, Jay Bookman ou Walter Pincus sur les motivations de l’engagement d’un Paul Bremer ou d’une Barbara Bodine en Irak, montrerait une mentalité beaucoup plus vénielle et raciste, voire de domination du monde, projet esquissé par le PNAC bien avant le 11 septembre…
Je profite du thème pour vous livrer en exclusivité sur Internet un extrait du livre du grand Albert Caraco "L'Art et les Nations" (1963) consacré à l'art khmer.
Il s'agit d'une vaste méditation sur l'art et les peuples, livre magistral, difficile mais lumineux.
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L'art khmer
L'ajustement pour le sublime
Où l'Inde l'a cherchée, il trouva la mesure, il ordonna les monstres, il disposa les masses, du trop il fit une merveille où l'opulence a déféré, la force s'est soumise et l'art, dans les arrangements, parut enfin l'égal de ses prémices. L'Inde a souvent promis et tenu quelquefois, il va plus loin que les annonces, il tire de leurs éléments la plénitude qu'il observe et malgré la richess, il est le maître de son bien, il le fait oublier et tellement qu'il paraît sobre, mais il domine la fureur qu'il a profonde et qu'il laisse entrevoir, menace au fort de l'harmonie. Il peuple de chefs-d'oeuvre quelques lieues de murs et les accorde au dessein général qu'il suit d'embasement en faîte, et s'il excelle à ménager les ordonnances, il polit le détail et ne se perd jamais en la profusion, qu'il aime. Il donne vie à ce qu'il touche et ce qu'il met au jour il le veut ample et fort, noble et serein, mouvant et magnanime, il a l'esprit et se défend de ce qu'il a, l'esprit jamais ne le dévore et même là sa domination se perpétue, inamovible. Quelle santé que rien n'ébranle et quel ajustement que rien ne fausse !
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Et ça continue aisni sur l'art du Méxique impérial, l'Art nippon, l'Art de la Rennaissance, l'art Baroque, etc... Une foule d'époques, de styles analysés. Un pur régal. Un livre immense. Disponible à la Librairie L'Age d'Homme, place Saint Sulpice à Paris. Salut.
2005-12-10 de Robert
Mais la honte empêche de reconnaître qu’il faudrait changer le système.
On exploite tous les jours les richesses étrangères et 24 000 personnes meurent de faim chaque jour, faute de budget alloué par les pays donateurs, par malthusianisme inconscient, et faute de vouloir renoncer à certaines ressources en nourrissant les guerres anti-indépendantistes.
Après Thomas Sankara, les prédateurs économiques ont été dénoncés, et nommément, par le rapporteur du droit à l’alimentation à l’ONU et membre d’une commission contre la désertification. C’était en 1999, dans La faim dans le monde expliquée à mon fils (dénonciation percutante nulle part citée sur le web), p.30, 62-63:
“L’autre problème est le prix d’achat souvent artificiellement gonflé de ces stocks. Sais-tu que le prix de presque tous les aliments naturels qu’on achète sur le marché libre est spéculatif ? Dans la ville américaine de Chicago, sur les bords du lac Michigan, se dresse un gratte-ciel impressionnant. Son nom: le Chicago Commodity Stock Echange, la Bourse des matières premières agricoles . Une poignée de banquiers la domine. Quant au commerce proprement dit, il est sous le contrôle de quelques marchands de grain, très peu nombreux, mais infiniment puissants. Ils disposent de succursales d’achat et de vente dans le monde entier ; leurs flottes privées sillonnent les mers. Ils ont pour noms André S.A. Lausanne, Continental Grain, Dreyfus Compagnie, Cargill International, etc. Thomas Sankara a dit à leur propos : “Ce sont des prédateurs.” [NDLR : Président du Burkina Fasso, M. Sankara, est mort assassiné en 1987]
Les spéculateurs de la Bourse de Chicago manipulent les prix à leur guise. Leurs stratégies n’obéissent qu’à un seul principe : la maximalisation des profits. Quant à savoir si le gouvernemnet tchadien, le gouvernement éthiopien, le gouvernemnet haïtien, engagés dans une lutte à mort contre la famine dans leur pays respectif, peuvent payer ces prix souvent exorbitants [NDLR : notamment au moment des soudures], les seigneurs de la Bourse de Chicago s’en moquent éperdument. Ce qu’ils veulent, c’est gagner quelques millions de dollars de plus chaque semaine. Si on évoque les suppliciés de la faim, ils répondent qu’il y a l’ONU, la Croix-Rouge pour cela…”
(…) Le marché mondial a besoin de normes et d’une surdétermination par la volonté collective des peuples. La lutte contre la maximalisation du profit comme seule motivation des acteurs dominants du marché et la lutte contre l’acceptation passive de la misère sont des impératifs urgents. Il faut fermer la Bourse des matières premières agricoles de Chicago , combattre la détérioration constante des termes de l’échange et anéantir la stupide idéologie néolibérale qui aveugle la plupart des dirigeants des Etats d’Occident.”
En 2005, cela n’avait pas changé, en raison notamment du 11 septembre, grand alibi du maintien du désordre inégalitaire, et les mêmes mesures étaient préconisées (Extraits d’une interview sur TV5, http://www.jp-petit.com/Presse/empire_de_la_honte.htm) :
“Le 11 septembre 2001 n'a pas seulement fourni à George W. Bush l'occasion d'étendre l'emprise des Etats-Unis sur le monde, l'événement a aussi justifié la mise en coupe réglée des peuples de l'hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales privées (…)
L'opinion fait pression sur les gouvernements et les organisations interétatiques (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.) afin que des mesures élémentaires soient prises pour abattre l'ennemi : réforme agraire dans le tiers-monde, prix convenables payés pour les produits agricoles du Sud, rationalisation de l'aide humanitaire en cas de brusques catastrophes, fermeture de la Bourse des matières premières agricoles de Chicago, qui spécule à la hausse sur les principaux aliments, lutte contre la privatisation de l'eau potable, etc.”
"Je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,
Et les autres, pour être aux méchants complaisants"
http://pennystockinvestment.blogspot.com

